MinervaMUSEMyCoursesWebmailSite Web de McGill
McGill
Recherches individuelles subventionnées


Sur les traces de l'oralité: recherches préliminaires pour une histoire de la poésie orale québécoise

Subvention CRSH (IDR), 2010-2012

Chercheur : Prof. Pascal Brissette

 

On aurait pu croire que les travaux de Paul Zumthor sur la poésie orale et la performance, ou que les nombreuses recherches qui se poursuivent dans le monde anglo-saxon sur les happenings et sur le spoken word auraient incité les chercheurs canadiens à s’interroger sur les pratiques performatives qui ont jalonné l’histoire de la poésie québécoise. Or mis à part la période 1970-2000, qui a fait l’objet de recherches ciblées, et certains genres spécifiques comme la chanson, qui a été et qui continue de susciter des recherches soutenues, l’histoire de la poésie orale du Canada français reste à penser et à écrire. C’est à élaborer les prémisses d’une telle histoire que le présent projet veut s’atteler. Nous parlons bien de prémisses ici, puisqu’il s’agit, en regard d’un objet aussi difficile à saisir que la performance poétique (surtout celle antérieure à l’invention des techniques d’enregistrement audiovidéo), de tester des hypothèses de recherche et de trouver les moyens efficaces d’appréhender un phénomène fuyant et transitoire.

Parmi les différents outils qui pourraient nous donner accès à l’oralité poétique passée (souvenirs de la vie littéraire, correspondances, journaux intimes, etc.), nous avons choisi la publication périodique (journal, revue, magazine). À défaut de posséder de nombreux éditeurs et un marché pleinement adapté au livre, le Canada français du XIXe siècle compte de nombreux journaux et revues. C’est dans ces périodiques que les écrivains publient initialement leurs œuvres, lesquelles ne connaîtront, bien souvent, pas d’autres publications. L’objectif de notre projet, qui porte sur une période très précise (1891-1902), sera de traquer l’oralité poétique au sein du journal et de la revue, où qu’elle se trouve, tant dans les rubriques informatives et critiques que dans les textes relevant du domaine de la fiction (contes, nouvelles, poèmes, romans, dialogues, etc.). Car il ne s’agit pas seulement pour nous de documenter une période historique donnée et de savoir qui se rencontrait pour se livrer à quel type de prestation poétique, mais de comprendre également tout ce que cette époque particulière, qui a vu l’émergence sur la scène littéraire de nombreux cercles, comme l’École littéraire de Montréal, a associé à l’oralité poétique : quelles valeurs, quels rituels, quels mythes sont attachés aux pratiques de lecture et de récitation de poèmes en public? En somme, quel savoir sur l’oralité poétique véhiculent les représentations du poète récitant et les scènes de performance, les comptes rendus d’événement et les œuvres de fiction?

L’objectif principal est donc d’élaborer un cadre théorique et méthodologique permettant de repenser, à moyen et long termes, l’histoire de la poésie québécoise en tenant compte des pratiques de l’oralité. À très court terme, c’est-à-dire pendant les deux années de subvention, nous souhaitons :

1) Élaborer une fiche de lecture qui permettra aux assistants de dépouiller efficacement les périodiques retenus.

2) Dépouiller un échantillon de périodiques dont l’intérêt pour la littérature canadienne sont connus, et dans lesquels, conséquemment, on est le plus susceptible de retrouver des annonces ou des comptes rendus d’événements poétiques, ou des fictions littéraires mettant en scène des poètes récitants. Trois années témoins ont été retenues pour le dépouillement : 1891 (première année de parution de l’Écho des jeunes), 1896 (fondation de La Feuille d’érable, organe de l’École littéraire de Montréal) et 1902 (année de parution d’une célèbre critique de Louis Dantin sur le poète Émile Nelligan).

Par rapport à la recherche qui a été faite et qui se poursuit dans le domaine des études sur la poésie, la nouveauté du projet se signale tant du point de vue du sujet (la poésie orale) que de l’approche théorique (la sociocritique des textes mise au service de l’histoire de la poésie) et de la méthodologie (confrontation de données informatives et de textes fictionnels au sein des publications périodiques).
 Étudier au DLLF


Google
  Dans le site du DLLF
  Dans le site de McGill
  Tout le Web