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Figurations romanesques du personnel littéraire en France (1800-1945)
Subvention
CRSH 2008-2011
Co-chercheurs: Pascal Brissette (U. McGill), Anthony Glinoer (U. of Toronto), Michel Lacroix (chercheur principal, UQAM), Guillaume Pinson (U. Laval)
L’écrivain devient, au tournant du XIXe siècle, une des figures centrales de l’imaginaire social en France, au point de devenir l’archétype du « grand homme » susceptible d’entrer au Panthéon. Cette sacralisation de l’écrivain participe d’une série de transformations sociales et littéraires majeures qui font du champ littéraire un espace de plus en plus autonome, en même temps que central dans la sphère publique. Une profusion de représentations contradictoires accompagne cette consécration de l’univers littéraire. La vaste majorité des écrivains fictifs mis en scène dans ces représentations a cependant été oubliée. Qui plus est, on a souvent réduit cet imaginaire de la littérature à un seul personnage, celui de l’écrivain solitaire et unique, négligeant ainsi les textes qui montrent l’écrivain en interaction avec ses pairs et les divers acteurs de la vie littéraire. Notre programme de recherche vise à reconstituer ce corpus pour voir comment, au moment même où elle s’impose comme espace social spécifique, la littérature se pense comme lieu de socialisation, d’ancrage identitaire et de travail collectif. Plus spécifiquement, nous nous concentrerons sur les « romans de la vie littéraire » (d’Illusions perdues aux Faux-monnayeurs), de façon à voir comment cette autoréflexion a recours aux moyens de la fiction. Coincé entre des discours qui valorisent la singularité et le génie retiré du monde, d’un côté, et un univers social de plus en plus peuplé et concurrentiel, qui fourmille de réseaux et de médiateurs entre son public et lui (éditeur, directeur de collection, cénacle, critique littéraire, etc.), l’écrivain est en quelque sorte sommé de concilier une écriture en solitaire avec une socialisation indispensable à l'existence en tant qu'auteur. Les configurations romanesques qui mettent aux prises, sur une scène fictive, l’écrivain et d’autres figures de la vie littéraire, permettent de voir comment les romanciers ont tenté de résoudre cette tension.
Notre programme de recherche vise tout d’abord à reconstituer ce corpus, grâce à une série de cinq coupes couvrant chacune cinq années de production romanesque. Nous pourrons alors étudier ces romans en fonction de trois axes principaux : 1. Emplois et frontières; 2. Trajectoires, scènes, postures; 3. Textes et travail : figuration, énonciation et généricité. Dans le premier, nous tenterons de dresser un répertoire des figures représentées dans les romans, d’identifier les configurations dominantes ou marginales et examiner les amalgames, distinctions, « fraternités », frontières ou rivalités construites dans les textes. Nous verrons alors quelles relations les romans mettent en place entre l’écrivain et l’éditeur ou l’écrivain et le journaliste, où ils tracent les frontières entre l’univers littéraire et les autres sphères sociales, quel sort ils font aux figures de l’artiste, du bohème, de l’érudit, du mondain, du professeur, etc. Nous examinerons dans le deuxième axe le rôle joué par les configurations dans la trajectoire des personnages représentés. Quel rôle joue l’appartenance à un couple ou à un groupe dans l’entrée en littérature, le passage à la publication, à la consécration, etc.? Quel traitement les romans réservent-ils, dans ces scènes de la vie littéraire, à l’ethos de groupe, au partage de traits linguistiques, physiques, vestimentaires, qui confèrent à l’écrivain une identité collective? Enfin, nous analyserons conjointement, dans le troisième axe, le travail dans le texte et le travail du texte. Il s’agira d’un côté de voir quel « travail » les personnages accomplissent, comment ils concilient vocation et profession, projet d’écriture et obligations de relations sociales, pendant que de l’autre il s’agira plutôt de voir en quoi le travail effectué par le roman lui-même se distingue de celui accompli au sein d’autres genres (l’épistolaire, le journal, le poème et la satire).
Postulant que les textes sont tout à la fois plongés dans le discours social et producteurs d’un travail discursif spécifique, ce projet adopte une perspective sociocritique et a pour originalité de chercher à joindre l’apport de deux courants importants de la recherche contemporaine respectivement consacrés à l’étude des sociabilités et à l’étude des imaginaires de la littérature. Dans l’ensemble, notre programme de recherche vise à renouveler l’histoire de la littérature, en reconstituant un corpus largement négligé, mais surtout, en montrant que ce corpus esquisse une sociologie romanesque de la littérature, dont l’apport à la compréhension de la littérature est majeur.
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